feuillet 2 – indices

Mélusine – si c’est bien elle, je confesse que je l’ai d’abord côtoyée sans la reconnaître : car l’époque n’est guère propice aux féeries, qu’elle confond avec l’artifice lucratif des histoires faciles ; car il y faut en société, porter masque et fonction qui dissimulent tout ; enfin, car je l’aurais attendue comme au temps jadis, teintée d’ophidienne et si noble sinople – entre toutes couleurs, celle même des fées ! j’ai encore souvenir de l’avoir parfois rêvée vouivre méridionale avec des opulences de succube, ses lèvres à la pulpe malachite, ses ongles d’émeraude, des reflets de jaspe dans sa toison brune dont le parfum envoûte les couleuvres sacrées ; or j’avais devant moi une enfant presque, studieuse, espiègle et enjouée, ce qui me semblait un Rimbaud féminin, frêle et pâle – mais tels sont les pièges de la beauté, quand elle nous surprend à rebours de nos attentes pour jaillir, subite, immédiate et impérative. Car j’ai depuis découvert en elle le cœur sauvage d’une d’une héritière de Lilith, immergé dans un flux ininterrompu de sève pure, une énergie stellaire à même de défier les dieux.

Pareil séisme émotionnel ne survient pas sans signe avant-coureur, et je suis fautif de n’avoir su interpréter avec l’expérience requise les symboles que je recueillais ici et là, comme autant de perles d’os gravées au sceau du peuple serpent.

Il y eu d’abord les non-dits d’une aura particulière, car cette âme vibrait dans des fréquences et des régions de l’être où je m’étais accoutumé à un exil solitaire. Puis, les dits de mots et de préférences qui pointaient vers la Bretagne, le mystère de ces mégalithes – l’amour fou, les champs magnétiques – et je ne m’aperçus pas que comme un aimant, j’étais attiré vers cette météorite de l’amour fou. Enfin, à la faveur peut-être d’un détail infime – d’une coquetterie chez elle inaccoutumée, un soir d’été qu’elle avait changé sa coiffure et passé une robe ? – de nouveau j’entrevis cet éclat du feu primordial et j’eus cette révélation que la modernité, qui altère tout, jusqu’aux éthers les plus sacrés, filtre jusqu’aux couleurs fées – à l’ère d’une proche fin du monde, où les feuillages se subliment en gaz, leur teinte se bleute ; et je ne sais plus poser mon regard dans ses yeux sans que mon cœur bondisse d’y voir le mystère d’Uranus -il faudra que j’y revienne.

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Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"

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