Postface à l’édition de 121 230

Si deux versions du présent manuscrit ont été découvertes il y a dix-huit ans, simultanément sur les bords de la mer baltique – sous forme de rouleaux de papyrus on ne sait comment piégés dans un bloc d’ambre, et près du lac Baïkal – sous forme de tablettes de lave enfouies dans le graphite, dans les circonstances que l’on sait et qui ont déjà alimenté tant de glose qu’il ne serait pas pertinent d’y revenir, il a moins été relevé par les commentateurs que ces deux découvertes ont été horodatées du 12 décembre de l’an de grâce 12 1212, à 12 :12 et 12 secondes. Cela en soit devrait suffire à indiquer à l’intuition qu’en rien ces événements ne pouvaient être fortuits.

J’ajouterais que, si des conditions de l’enfouissement de ces feuillets et de celles qui ont permis leur conservation, on ne sait pour ainsi dire rien, le Collège des Archilecteurs et la Haute École de Philologie proto-humaine s’accorde à considérer comme exclu que ces processus puissent être l’œuvre de facteurs accidentels.

Conformément à l’attitude adoptée dans sa sagesse par le Prêtre-recteur, je ne veux pour autant en inférer quoique ce soit quant à l’existence d’une intention humaine sous-jacente qui aurait permis de tels événements, et cela quand bien même le culte de Mélusine – lequel quoiqu’on n’en sache préciser la date, a semblé voir le jour peu avant que ne soient révélés les Cahiers, davantage que peu après – a depuis conquis plus de la moitié de la post-humanité, bien au-delà des frontières du système solaire.

Il n’est pas non plus certain que cet épanouissement ne soit pas la suite logique de la floraison de l’humanité nouvelle depuis que la proto-humanité a failli s’éteindre au cours des millénaires productivistes que l’on appelle désormais la Glaciation des cœurs et des mers. La pensée véhiculée par les cahiers de Mélusine, après tout, nous apparaît rétrospectivement sans doute plus proche de la nôtre et des leçons tirées de la glaciation, qu’elle ne put l’être de l’état d’esprit qui conduisit la proto-humanité à la fin du monde – et ce quand bien même l’imminence de cette fin hante chaque feuillet des cahiers.

La présente traduction doit beaucoup aux travaux conjoints du Docteur Ramanujan et de l’Archilecteur Novak pour décrypter le langage initial des manuscrits, issu, on le sait aujourd’hui, de la transposition – d’une langue occidentale parlée au Nord-Ouest de l’ancienne méditerranée – dans l’écriture Rapanui qui doit son alphabet magique aux dessins de la lune.

Je terminerai en rappelant qu’on ne sait rien d’autres des protagonistes de cette histoire, ni même s’ils étaient réels, si bien que tout dans ces pages doit être mis au compte de la fantaisie – sauf ceci : il semble en tous cas que le ou les auteurs de ses lignes – car rien ne dit qu’il ait été seul – lorsqu’ils les composèrent voilà près de 120 000 ans, aspiraient déjà à ce que le culte de Mélusine prospère jusqu’au ciel – ou, pour le mieux formuler : à ce que plaise au ciel de porter sur cette fée le plus bienveillant des regards.

Publié par

Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s