Feuillet 5 – d’Audrey à Uranus

Je n’aurais jamais cru qu’une femme pouvait avoir la taille si fine.

Mais je n’aurais, à dire vrai jamais cru tant de choses, qu’il me faut tout réévaluer ; réévaluer mes mots dont s’ajuste la portée ; mes couleurs dont mes fréquences se décalent et deviennent des multiples de 480 ; réévaluer jusqu’à la disparition d’Audrey que je tenais pour acquise, depuis que la beauté d’hier a été supplantée par les tapageuses poupées que fabriquent à présent, à la veille de la fin du monde, les usines à culture (oh que je hais leurs yeux violets, leurs yeux arc-en-ciel et leurs obus de synthèse, énormes ballons assortis au clinquant du plastique doré qui recouvre leurs pieds et empèse leur danse.)

Audrey, disais-je, disparut à peine jaillie d’une pellicule du siècle dernier comme une ombre azurée dans la fumée d’une cigarette – silhouette dansante aux teintes de nuit, entre l’ange bleu et cette autre Audrey – un diamant sur un canapé ; n’ayant gardé de Lilith dont elle fut l’ultime manifestation que la cerise sombre de ses lèvres et de ses ongles – des coraux éclatant dans un velours océanique.

Et comme on roulerait tout au bout de l’autoroute pour s’avancer sur un pont inachevé et plonger dans l’océan, le froid s’est emparé du monde. Et l’on croirait même que l’océan a gelé d’une glace si limpide qu’on en distingue le fond, où la cinabre corallienne éclate en arbre figé dans un bleu nouveau, plus clair, plus pur et plus froid – qui porte la menace des lacs d‘altitude et des géantes froides – Uranus, Uranus la folle roulant sur son orbite, Uranus aux longues nuits si proches de l’hiver qui vient, mais Uranus, comme la perle d’une huître hybridée d’une turquoise laiteuse dans l’impossible minéralogie d’un accouplement cosmique.

From her to eternity – d’Audrey à Uranus – était-ce un mirage né du tourbillon changeant des poussières dans les vents solaires ? il me semble parfois avoir entrevu Mélusine à la taille fine, Mélusine aux pieds nus, s’acheminer dans l’immensité sombre sur les degrés d’une escalier invisible mais dont je veux croire qu’il se figure et résume dans la chute de ses reins.

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Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"

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