marmelade de lunes

moon

l’accoutumance a ses charmes :
après chaque pluie équatoriale
j’ébroue mon cœur
comme si ce n’avait été
que l’écoulement fluide et calme
de roses perlées de rosées,
et les notes les plus graves du piano
ne donnent qu’un peu plus de profondeur
au bleu du ciel,
aussi, quand tombe le soir,
j’écarte les nuages :
invoqueras-tu pour moi les lunes d’été ?

convoque-moi les lunes, multicolores et sombres
d’une géante gazeuse
comme des taches d’encre dans le ciel
qu’un alignement parfait de soixante d’entre elles,
s’éclipsant mutuellement, éclipse le soleil,
je n’ai pas peur de leurs forces de marées,
des équinoxes qui n’ébranlent qu’à peine le cœur,
mon cœur de quixotl qui peyotl trop loin du sol
– pas plus qu’elles ne parviendront à m’arracher à toi

convoque-moi tes lunes, je connais les épreuves :
au velours bleu de tes lunes inuites
il y aurait à cueillir comme des baisers
les gypaètes qui volent dans ton cou ;
au cristal mauve de tes lunes indiennes,
quand ma main descend de ta nuque à tes reins,
à suivre l’envol nocturne des échassiers sur le delta ;
aux émaux cinabre de tes lunes chinoises,
des dazibao chantent comme des oiseaux
en éclaboussures de guerre sur les murs à abattre ;
et au velours sinople de tes lunes alchimiques
je lirai la ballade des pendules dans celle des pendus
et trouverai le trésor – l’arme mortelle d’un roi poète
pour reconquérir cette étoile perdue voilà des millénaires

alors convoque-moi les lunes

obéron, d’or et d’ambre
où les mauves tombent en pluie des reflets
quand parmi les bulles
naît la rébellion des muses

titania âpre à la lutte,
où ondulent rayées de noir et blanc,
les trompes des hommes insectes,
lorsqu’ils célèbrent leur reine lucane
femme cerf boisée d’une couronne de corail

ariel, râpe à nuit sur obole d’argent
les cratères chantent d’un dialecte extraterrestre
un poème que je déchiffrerai pour toi

umbriel – maintenant
les ombres chinoises s’enchâssent de diamant
mais je voudrais plus,
et il faudra bien qu’un jour les étoiles crèvent l’asphalte

miranda, une fenêtre en front de nerfs
d’où observer la phosphorescence muette du krill et des écumes sacrées
à la crête des vagues d’émobsidienne liquide,
j’aimerais tant te toucher aussi de mes silences

et renaître, et peut-être t’être
de nouveau entièrement nouveau

convoque-moi les lunes

 

Publié par

Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"