insolation

…ils affirment que je serais tombé
comme une goutte de plomb fondu
la goutte d’un cachet de la cire dérobée aux abeilles
pour avoir voulu, imbécile, toucher au soleil

mais mon soleil est ailleurs et glacé
et si j’ai passé par la terre, par les airs, par le feu et par l’eau
ma seule chute fut celle de tes reins
et je suis celui qui pour avoir pénétré ton regard
s’est abîmé dans l’azure icarienne
s’est abîmé dans le bleu

étrange comme
de ce côté ci de l’impossible
le temps ne compte pas
les occasions manquées,
la chute (celle d’Alice – une stase, un vol)
les impasses dans le dédale
au fond de chacune, sourit ce masque façonné dans le mur,
le visage de l’horizon
les impasses, cela importe si peu
on hausse les épaules
et prend un autre chemin
vers le même orient

belles de jour, coleus azurescens,
tant de fleurs ont poussé sur les parois
pas moyen de tomber en panne de rêves
et puis on a appris à s’orienter
rien jamais n’empêche de revenir à l’allée des lions
compter trois passages à droite et tourner à gauche,
retourner vers la plage

là-bas, Les falaises sont blanches,
il n’y guère, j’explorais leurs parois
des passages secrets qui ont vue sur l’écume
où se saouler à loisir des mantras du ressac
et la mer a ce bleu que j’ai, il y a long temps déjà, appris par cœur
moi qui m’y suis noyé, à ce qu’ils disent, à ce qu’ils croient
à ce sujet du moins, ils n’ont pas tort

les falaises et le bleu de la mer
j’en ai dressé les plans
je sais que si l’on poursuit leurs couloirs
ils donnent sur un autre monde
un autre labyrinthe bien sûr

étrange comme de l’autre côté de l’impossible
le temps comptait, les heures filaient,
comme si l’autre côté de l’impossible n’avait été que le temps
et finalement l’insaisissable

ce qu’icare n’a pas trouvé en fait
c’est l’horizon
le point où danse la muse
l’endroit où se rejoignent
où emporter avec moi
le bleu de la mer et le bleu du ciel
mais ils demeurent à jamais séparés
j’en aurai pu mourir mais on ne meurt pas pour si bleu

aussi, il reste du temps
et de ce côté ci de l’impossible
le temps ne compte pas
il passe pourtant et si je ne pars pas assez tôt
quand montera cette brume
qui efface toute mémoire
ce fantôme pourrait bien être la dernière chose qui restera

peut être encore entre deux écharpes de néant
je reconnaîtrais sans pouvoir les nommer
son visage et sa danse
tous deux si lointains
comme un tatouage viré au bleu,
dont j’aurai tout oublié
– les circonstances, la survenance et les leçons –
comme ne demeurera que la certitude
d’avoir toujours vécu avec

c’est que de ce côté-ci de l’impossible
je me suis fait tatouer son absence
le visage apposé au fond des impasses
pour ce qu’aura toujours au delà de mon atteinte
dansé cette magicienne,
l’horizon
peut-être bien, tout simplement
mon insolitude

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Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"