le lai du genévrier (esmeralda I)

au loin des rires et des cris d’enfants
plus près, la brise dans les feuillages

fraîches, les eaux vertes de la rivière
glissent entre les pierres blanches
une onde dorée remonte à contre-courant
c’est ainsi qu’une émeraude frissonne

on croirait le mouvement de ta gorge
lorsqu’elle frémit sous un baiser
– l’art de recevoir les caresses
tu l’as poussé jusqu’au sommet,
comme se mangent certains fruits à peau douce

au plongeon, le bruit de l’eau envahit les oreilles
les gardons se dispersent autour du nageur :
un bain vert, glacé comme l’argent sur les feuilles des saules,
un bain de soleil, et puis on retourne aux pénombres sylvestres
reprendre l’errance sur les sentiers profonds
tout illuminé, gorgé de lumière jusqu’à la phosphorescence

d’un vert à l’autre, d’une rive à l’autre, d’un rêve à l’autre,
franchir la rêvierre, les rêveries de sa verrière
revivre : devenir spectre
de l’entre-temps pour mieux voir filer les étoiles

et sous une pluie d’anges
invoquer jusqu’à la damnation
le souvenir de la dame du lac
son visage blanc et la montagne dans son regard
quand elle se défie des ondines
c’est qu’elle leur a volé leur beauté

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Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"