écoute claquer les drapeaux noirs

des cendres descendent
et des spores dorés d’amanite bleues
sur le front des suicidés
le baiser du poulpe sur les lèvres du noyé
morsure, hémocyanine
– et je ne sais combien de jours sont passés

médecine légale
devant vénus orangée brune
dansombre, ankoku butoh :
icônes barbelées
coeurs bombardés d’éclipses
des blessures muettes qui coulent bleu de prusse,
un jus d’ankou, ils l’ont bu jusqu’à la lie
des blessures mouettes qui s’envolent d’un cri
si simple

quand retombent les batailles,
le battement des timbales martiales,
la joie sauvage d’en découdre
comme on pourrait découdre la grève,
séparer la mer de la terre, révéler les muscles du rivage,
les entrailles du sable fouaillées d’oiseaux souterrains,
aveugles et stridulants

les lumières froides de la ville
oh, tu y arrives si bien pour ton âge
il n’y manque que la parole, la bougie,
et la mana, la nana, la mama, la magie

maintenant
quand des mouches dorées s’échappent des pelotes de laine
dans la lumière rose du matin
moi, je reconnais ces yeux qui ont vu les bombardiers immenses
lâcher sur la ville les cœurs arrachés des prisonniers,
et des grillons chanteurs aux ailes de nacre

noël, cela faisait, une pluie de viscères et de nacre,
une pluie rouge-argent entre les tours noires des quartiers d’affaires
une pluie rouge-argent grafléttée à l’infini par les mire-ciels
et cela souillait l’asphalte comme un curry replet d’écarlate
et les grillons fouillaient et dévoraient les yeux des moribonds,
à l’abri des dronnins et des tardiens de zénèbres

j’en pourrais chandanser
pour un sequin, des milliers de masses de chandrasekhar
en poussière d’or
classieuse

j’en pourprais chandanser
équanime
comme un nuage de sang dans la perfusion
une tâche brune dans la pénombre de la chambre
mais le butin du butoh
n’est pas l’improbabre lézurection

des amorts
dès alors,

lune en transit,
fille de la terre à la fille de la terre infidèle
fille de la terre fidèle à la fille de la terre
j’ai renoncé
aux eaux bleues glacier eaux bleues de nuit
petit sommeil, petit soleil pourras tu réchauffer mon coeur
pomme, boule rouge d’un noël éteint, pschitt
et crénom je rêve encore

dis-moi quelle est la couleur de l’ombre parole
pour toi
combien de gradients

et puis écoute :
entends-tu claquer les drapeaux noirs

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Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"