lyo’ l’iau liod

ne croient si bien dire
chats mânes
l’aridité amère
des présents succédés, décédés, déjà dits, refroidis, flocons, carbone,
carbone, aussi, toutes les roches : désert de cendres

et ma bouche même
poljé, désert de cendres,
et cette langue tordue et sèche
comme un arbre calciné
ne se peut plus parler

il y a là bas d’ailleurs
des forêts de langues carbonifères
tordues, tortueuses, élancées et figées,
des éléphants échassiers
on les dirait de dalí, de giacometti,
mais ce ne sont que les ombres décharnées des hiers succédés

ce son ?
le vent de l’être dans les gouffres
le râle de cette soif inextinguible
d’un dict vivant comme un fruit gorgé
comme tes joues de poupée fraîches et claires,
ce son, c’est ce qui s’arrache sous la gravité
tant de cendres font masse
et les cendres s’égarent
là bas vers l’obscurité d’où rien ne sort
l’obscurité qui croît, l’obscurité qui vient

mais sans doute chats mânes,
leurs regards dans les fumées bleues et brunes
ne peuvent comprendre :
ce n’est pas juste l’encre des lettres qui sèche et s’efface
ce qui s’effrite, ce sont les stèles aussi
c’est la peau,
la nostalgie avec,
les os peut-être
un temps prendront la forme d’un poème
avant de s’envoler poussière
en peut-être arabesques

mais
as-tu déjà vu les couleurs d’un désert après la pluie ?
après le vol triste d’enola, le champignon et le vide
on dit qu’une eau lustrale fit fleurir toutes les semences irradiées sous les cendres
que des fleurs par millions recouvrirent les cendres et les ruines

peut-être, maintenant,
il faudrait seulement que revienne la pluie
mais ce nuage bleu là bas, au-delà
reste à l’horizon, immobile
comme dans le placard les robes pastelles,
ou sur la coiffeuse, le parfum

d’une morte

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Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"