nadja’s nada

fanée,
– fallait-il être aveugle
pour ne pas le voir,
il fallait, ni plus ni moins,
« vouloir y croire »

fanée,
la fleur avait éclos flétrie déjà
stupide, pompeuse et vaine
comme une adolescence qui s’attarde,
mais déjà fanée,

et le regard a suivi ses pétales
tombés dans l’eau,
des pétales bathyscaphes
qu’une avarie aurait coulés

les enfonçant doucement
une pluie de couleur qui délavait
dans la pénombre profonde
bas, de plus en plus bas

un temps, on a bien cru
que cette si jolie chute n’aurait pas de fin
mais maintenant, le fond est atteint
la vase uniforme où tout pourrira

fanées,
les fleurs avaient éclos flétries déjà
– celle aussi qu’on appelait l’horizon

maintenant il ne reste rien
ni fond, ni surface,
ni points cardinaux
délicieusement rien
comme un coin de soleil

et le peu qui reste devra être détruit
les taches, les hommes et les chiens,
les hommes, surtout, moins que taches et moins que chiens

que le néant soit pur et immaculé
comme un coin de soleil,
qu’on s’y avance en haussant les épaules
qu’on trace et projette sur sa page blanche,
de la danse continue d’un pinceau,
le caprice d’une calligraphie d’ombre,
absurde et déliée,

dont seul un sot chercherait le sens
(car c’est ce que font les sots),
tandis qu’elle s’effacera

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Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"