première neige


au ciel
comme un rêve s’allume
petite flamme peut-être
la visite esseulée
d’une aube de janvier humide et froide
son bleu qui s’ignore, trop incertain
anonyme, muet
(ciel éther, ciel est taire)

ne rien croire
laisser flot-couler là
une moitié de soi
et toucher terre
ma terre anodine
tes doigts chauds sur mon échine
leur merveille de douceur
j’imagine leur rose dans la grisaille
rose-loveless ? la brume convient,
qui happe tout
mais la lumière est morte :
avec un peu de chance il va neiger
je ferme les yeux, me tourne
m’enfouir dans ton odeur
je pourrais m’y noyer
à l’intérieur le gouffre palpite
sa foudre silencieuse
la torsion matinale du bilame ;

il n’y a plus personne maintenant
j’attends que tout devienne graphique,
l’abstraction comme un pansement
même pastelles, les couleurs coulent d’une blessure,
suintent, et puis il épuise ce crachin-chagrin
des prosaïsmes sordides
lymphe de limbes, sans nymphes ni nimbe
avec un peu de chance il va neiger
on ne verra plus le ciel
et tout sera immobile, réduit au silence
le silence des premières neiges
son incandescence
avec un peu de chance, il va neiger
et je jouerais de la guitare ;

dans la niche de travertin
une douche de lumière,
l’eau tisse des mobiles
de mouvants attrape-rêves
petite flamme encore, j’écarte l’idée
il y a plus de vingt-cinq ans
mademoisellE disant
c’est à l’intérieur que tu as froid
mièvrerie-téléfilm, si vraie ?
je fais rocker mademoisellE
sur la patinoire
des vitres, des carreaux de verre
buée, gouttelettes brillantes
dansent des paréidolies froides
leur court-métrage
et je n’ai de camera ;

en bas crépitent le feu et ben harper
bien harpées, leurs romances sans paroles
la terre est chaude
à l’intérieur le gouffre palpite
sa foudre silencieuse
la torsion matinale du bilame
une mer de cuivre et d’argent
d’aussi loin qu’il me souvienne
des marées contraires
homéostasie introuvable,
introuvée du moins
monte monte mousse de lait
latte comme un pansement
et liqueur d’orange
faute de liqueur d’orages
mousse tache blanche
le rêve d’une charge d’aurochs
des formes laineuses et des cornes dans la brume
et des congères comme des géodes, des utérus
cocons où sommeillent des gouttes d’or et de lumière
feu follet, feu fou, impossible – je l’éloigne, je m’éloigne
dépasse la déchirure, écoute
puisqu’il est ternaire, le tamtam des chamans
des oiseaux thaumaturges chantent à l’est
suivre leur vol gigogne, le sentier des cigognes
de l’indre à lindre, de l’indre à l’inde
prendre l’espace et l’air à les perdre,
se saouler au bleu, un peu,
et quoi du cri nouveau de ce corbeau d’azur
qui plane si haut au-dessus des apalaches,
de l’ensorcellement moiré de ses plumes de velours
– ne rien fonder, l’espoir est insensé
danse plectre sur les lignes noires et blanches
tandis que se renversent les ombres réverbérées
le soleil ne se lèvera pas aujourd’hui
dans la cheminée les braises rougeoient
la terre est chaude
et avec un peu de chance il va neiger


neiger

neiger.

Publié par

Petit être

"je suis un être / entouré des forces magiques / de toutes choses / là où je marche / un phoque respire / un morse hurle / une perdrix des neiges jacasse / un lièvre se blottit / moi petit être / entouré des forces magiques / de toutes choses / un être minuscule / ne sachant rien faire / ridicule et bon à rien"

Une réflexion sur “première neige”

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