red shift

et la tête tourne et dodeline
des claviers plastiques
font lever la danse incertaine

le mouvement linéaire
le barrissement solitaire
d’éléphants polaires,
fluets et nasillards

des mots épars
les bribes d’une conversation
qui n’a plus de sens

sur une jonchée de vieux polaroïds
des ombres décalées dans le magenta
ton sourire sous un bonnet de sport d’hiver
un soda qui moussait, un soldat qui brûlait
je ne sais plus très bien

j’en ai trop vu, j’en ai trop bu
de la sueur rouge des étoiles

error (val)

erreur de calcul :
tout ce qui comptait,
les bouliers et le chiffre
les terminaux même
tout s’est trompé

cassandre que nul ne crut
après tout sut rester moderne

les ombres dans le ciel
ignorent les tourments de l’ici-bas,
les loges noires, les loges solaires
celles que cherche le pendu

cassandre je t’aime
apprends-moi sans compter
en noces noires, en noces solaires
je t’épouserai

sleepy hello

derrière les visages ensommeillés
le souvenir d’enfance d’une petite fille
des voix là-bas parlent
elles murmurent on ne sait de quoi

je me trompais sans doute
les citations appartiennent au passé
les glossolalies au lendemain

je ne sais je, ni qui je suis,
et ne comprends plus des mots
que la promesse de sensations nouvelles

il y aura d’autres révocations
et des révolutions encore
mais les navires au port reviennent
et je devine ta silhouette sur le rivage

tango

derrière les abats-jours orangés, passés et noircis
dans les ampoules
les rêves que nous brûlons

sur la piste, des danseurs tristes
semblent des automates
les voix mal audibles disent :
« ensemble »

ensemble, disent ensemble
les anamorphoses du manque
   (ensemble)
le souffle long d’une fin de cigarette
un matin d’hiver
        (ensemble)
et le temps qui se déforme, se déchire
            (ensemble)
et cette question : comment ressentir encore ?
                (ensemble)

et comment ne plus sentir
caresser la surface d’un trou noir
froide et métallique
que s’arrête le temps, que plus rien ne soit

ce serait un dernier tango
une danse avec le fantôme
un démon géant qui pourrait tout avaler
cette nuit

retrait

quand on se lasse des feux d’artifice
du cabotage de l’avoir au charme des vitrines
on peut revenir à la rouille, à la pluie, à la boue

ici les forêts sont grandes et les voisins taiseux
vaquent au faire et font leur bois
mais je ne puis

je guette les voix d’outre-tombe
les lumières d’un phénix

et comme rien ne vient je m’aventure
sur la face cachée de la lune
en quête des centaures
transneptuniens

pour les suivre au plus loin, au plus noir, au plus froid
et sur la dernière poussière des nuages extérieurs
interroger vainement l’abîme

quand on se lasse des feux d’artifice
du cabotage de l’être au charme des étoiles
on peut revenir à la rouille, à la pluie, à la boue

ici les forêts sont grandes et les voisins taiseux
vaquent au faire et font leur bois

shoegaze

les cordes d’une basse raturent la nuit
isolé derrière des murs de son

ne plus jamais lever les yeux
ne plus voir les ruines et l’envie

fixer le sol incertain et sentir
des flux d’émotions
des sanglots peut-être
des mots pâles
basse fidélité
– quoi d’autre à présent –

des souvenirs évanouis
des ombres bleutées
sur les photos surexposées
– quoi d’autre à présent ?

adam et eve

des gouttes de guitare
lumineuses tombent de tes doigts
et l’on plane toujours si haut

appose sur moi tes mains
thaumaturges et blanches

et tout s’en va
au soleil luisant
comme une électrode de rutile

les ports en dessous
les ombres des tankers
des marshmallows pastels
qui jonchent le bleu

l’on plane toujours si haut
avant la chute