retrait

quand on se lasse des feux d’artifice
du cabotage de l’avoir au charme des vitrines
on peut revenir à la rouille, à la pluie, à la boue

ici les forêts sont grandes et les voisins taiseux
vaquent au faire et font leur bois
mais je ne puis

je guette les voix d’outre-tombe
les lumières d’un phénix

et comme rien ne vient je m’aventure
sur la face cachée de la lune
en quête des centaures
transneptuniens

pour les suivre au plus loin, au plus noir, au plus froid
et sur la dernière poussière des nuages extérieurs
interroger vainement l’abîme

quand on se lasse des feux d’artifice
du cabotage de l’être au charme des étoiles
on peut revenir à la rouille, à la pluie, à la boue

ici les forêts sont grandes et les voisins taiseux
vaquent au faire et font leur bois

shoegaze

les cordes d’une basse raturent la nuit
isolé derrière des murs de son

ne plus jamais lever les yeux
ne plus voir les ruines et l’envie

fixer le sol incertain et sentir
des flux d’émotions
des sanglots peut-être
des mots pâles
basse fidélité
– quoi d’autre à présent –

des souvenirs évanouis
des ombres bleutées
sur les photos surexposées
– quoi d’autre à présent ?

adam et eve

des gouttes de guitare
lumineuses tombent de tes doigts
et l’on plane toujours si haut

appose sur moi tes mains
thaumaturges et blanches

et tout s’en va
au soleil luisant
comme une électrode de rutile

les ports en dessous
les ombres des tankers
des marshmallows pastels
qui jonchent le bleu

l’on plane toujours si haut
avant la chute

hypnose gnosis

comme l’inconfortable terreur
d’un liquide dans les cathéters
d’une sonde d’intubation
d’une paralysie du sommeil

des mécaniques immenses, des horloges folles
perdent les temps circadiens,
concassent les calendes
comme les cailloux

des marchands de sables noirs
brûlent les yeux
ensablent les larmes
saupoudrent la mer

on ne sait déchiffrer
le mystère vert dans l’oeil d’un chat

doute

une       tombent
   à         les feuilles
    une

les cygnes            s’envolent
    dans l’indifférence

      grise-argent

     leur reflet
   les eaux
    les yeux
       se troublent

              aurai-je
  par erreur      emprunté
   le combat d’un autre ?

la question

sur les autoroutes
on dit que le trafic est fluide

élevage en batterie :
ici, on se resserre la nuit
contre l’incinérateur

et l’aube n’est qu’un serpent
dont il faut se méfier

– moi, je rêve
énormes et bleues
les étoiles rares
d’un univers jeune –

mais la rumeur enfle
comme une douleur lancinante

et puis,
qu’ont-ils fait du corps de Laïka ?

sur les autoroutes
on dit que le trafic est fluide