une fin de plus

comme une fourrure rousse
qui sous la neige courre les galeries
blanches et scintillantes
vers le trésor des bois –

les fruits de l’autre monde
collectés au temps d’avant
quand déclinait le soleil –

nous sortirons
un matin de printemps,
aux temps de débâcle

un bruit retentira
un regard de surprise
une tache rouge sur la neige

repas froid

tremblant sous la pluie
assis sur un sac
sucer la moelle des choses
et s’écœurer de néant

jusqu’à la nausée

il ne serait pour se réchauffer
que de briser son âme en trois morceaux
comme des fagots de brindilles

d’écorcher le silex
sur le tissu carbonisé
de souffler un peu et
de pouvoir s’enflammer

mais l’eau détrempe tout
et le bois jusqu’au cœur

jusqu’à la nausée

carnet de voyage

un carnet de feuilles de riz
sur les bornes du sanctuaire

sur une page blanche
des contours vides
des âmes solitaires

sur une page blanche
des lignes tracent
les aléas de nos relations

sur une page blanche
gribouillée entre lacets
la carte des sentiments

sur une page blanche
fleuve d’encre, serpente
un shimenawa

l’empoignant,
pourrais-je remonter à sa source
aux poignets liés de la déesse

déjà se défont les pages blanches
la pluie efface les dessins
ruisselle sur les pierres grises

promesse

pâle et marbrée d’extrême onction sanguine,
tu écrivis dans la neige d’automne :
« il faudra renaître » – mais les feuilles
mortes se font terre sous la bruine

se tait maintenant la grive transie
dans l’eau dormante où l’âme s’enfonce,
reste le souvenir d’une promesse :
l’hiver tue l’hiver, il faudra renaître