d’amer et d’airelles

Et puis viendra la dernière journée. Ce sera le dernier repas, de viande bouillie, de bière blonde et d’airelles, comme aux plaisirs de l’ancien temps, et une promenade parmi les linaigrettes.

Frissonnent les trembles et s’efface, grise bleuté dans le bleu grisé, la fortification lointaine ; et le vert de gris et le vert d’eau, aussi dans les pleurs du noir, comme des écharpes déchirées de nuages et d’encre.

Frissonnent les trembles, et l’on pourra s’étendre ; dans un lieu désert, dans une tourbière pâle où balancent les fausses bruyères et l’airelle des marais.

S’étendre dans les sphaignes, et sentir et la terre humide et l’eau acide, froides contre le cou ;
entendre dans les herbes le murmure de l’air aigre.

S’étendre et ne plus bouger ;
et s’envoler d’un bruissement d’ailes.

échec

7h01
par delà : les voilages gris-froid
au-dessus, une tâche claire, orangée
sur ma tête, un bleu que je n’aime pas,
il tire sur le rouge.

7h24
plusieurs degrés de moins
le bleu au-dessus de moi revient au cobalt
des fenêtres de toit tombent dans la pénombre
des rayons de turquoise glacée
au loin, l’orange se dilue dans le gris

7h43
ta peau et tes lèvres, porcelaine rosée,
pâle et fragile, ultime couleur du monde
l’aube a décédé, ses teintes avec :
entre le noir et le pâle, des nuances de gris
et la neige tombe

7h58
battent tes paupières légères
deux noisettes dans un lac blanc-cassé
sur l’une un éclat – je ne me lèverai plus
je ferme les yeux contre ton épaule brûlante.

red shift

et la tête tourne et dodeline
des claviers plastiques
font lever la danse incertaine

le mouvement linéaire
le barrissement solitaire
d’éléphants polaires,
fluets et nasillards

des mots épars
les bribes d’une conversation
qui n’a plus de sens

sur une jonchée de vieux polaroïds
des ombres décalées dans le magenta
ton sourire sous un bonnet de sport d’hiver
un soda qui moussait, un soldat qui brûlait
je ne sais plus très bien

j’en ai trop vu, j’en ai trop bu
de la sueur rouge des étoiles