narkê

Une escale de printemps au bord de la rivière, un clair-obscur d’après déjeuner, passaient au loin le caravage, des caravanes multicolores, et dans le ciel, des caravelles pirates aux ailes de papillons ; je dormais je crois dans un champ de fleurs quand, entre jonquilles et tulipes, ce que je croyais être un bleuet révéla le spectre de narcisse menant des combats que je n’ai pas compris. A terre peut-être ? qui sait, pour un coût d’un florin, pour un coup d’un florian ? le fils de liriope voulait blesser, frappait à tout va. Il convenait croyait-il de ne rien trouver dans le monde qui fut à son gré, à la hauteur de son désir. Et se clamant pacifique égalitaire et humble anarchiste, il exigeait reddition, soumission, reconnaissance, et croyait à sa grandeur en parlant de revanche. Dire dualiste qui voyait le paradoxe : c’était un peu facile mais à quoi bon refaire la guerre froide ? Continuer la lecture de narkê

wu

Si, comme dans une chorécaligraphie de Shen Wei, chaque de nos mouvements, de nos trajets, de nos faits et gestes, marquait le monde d’une trace d’encre, ne laisserait-on au dernier jour que le chaos vain d’un gribouillis, ou quelque arabesque tournoyante et gracieuse ?

Alors le graphologue, devenu biographe, pourrait-il lire dans les pleins, nos pesanteurs, nos habitudes et nos persévérances ; dans les déliés, nos libertés, nos extravagances – et les discontinuités de nos sauts, de nos inconséquences, de nos légèretés.

Et probablement, si l’on a su de sa vie faire une danse, la volute, figée à l’heure de notre mort, s’étalerait dans plusieurs dimensions, une éclaboussure de Zheng Lu – et peut-être qui sait, en éclairant l’œuvre de la lumière appropriée, y trouverait-on, projeté dans l’espace à l’intention de nul dieu et de nul successeur, un soutra, une équation, un poème – le texte sacré et inabouti d’une existence, ou ce qui revient au même, le cri pur de son évanescence.

sur la montagne

Sur la montagne, nous qui ne sommes et voulons n’être rien, on gravite autour des grands hommes. Sans doute, il faut que ce soit pour la proximité des bibliothèques, le charme proche du dôme vert sur l’observatoire d’où l’on n’observe plus rien – mais qui sait ce que l’on verrait dans l’arcane des nuages violets-orangés qui peuplent les nuits d’à présent – ; peut-être le mystère des symboles maçonniques dans le cloître au-dessus, ou, et c’est le plus probable, l’attrait propre du lieu – une bille d’argile qui demeure dans cette ville qui s’exile.

mde

Retour donc au piano cornu ; depuis plus d’un quart de siècle j’y traîne guêtres et mal-être que j’y convertis contre la meilleure monnaie d’une musique épaisse, ambrée comme la bière, où flottent encore d’entiers morceaux d’âmes. Continuer la lecture de sur la montagne

maelstrom I

 

 

Le XIXe siècle fut fasciné par le mot ; sans doute qu’entre la passion du romantisme pour les forces sauvages de la nature et la fascination du temps pour l’inexplicable et le caché, son attention n’aura pu être qu’attirée par ces tourbillons mugissant dans les mers nordiques. Sans doute aussi que les sonorités même du terme enflent et mugissent, seyant à la grandiloquence en vogue qui hissa Hugo sur son pinacle glissant.

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plages noires

Simaho, Skogar – mes plages préférées gisent au pied de volcans. Là, comme ailleurs, la promenade intertidale saoule de vent et de fracas jusqu’à chaque fibre du corps, tandis que la respiration et les battements du cœur épousent le rythme du ressac. Mais là comme nulle part, la mer se révèle nue ; si le sable de schiste en ternit la turquoise, il fond le plomb du miroir quand elle se fait lumière pure, souligne la dentelle mouvante des liserés d’écume, et lorsqu’au gré de l’air dérive le plumet blanc d’un duvet d’oiseau, on le prend également pour une bulle d’écume. Et dans ces sables d’ardoise, comme dans la chevelure brune d’une pâle aux yeux clairs, se ramassent parfois des galets de lave rouge que la mer a roulés – les fragments d’un cœur éperdu qu’un diamant brisa.

lost in translation

Un décalage en appelle un autre – et celui du cycle circadien pas moins qu’une distorsion optique, une anomalie chromatique, un propos uchronique, et puisque mes nuits iliennes sont d’insomnies et que les archipels communiquent, je me plais à la compagnie de Murray qui ne peut non plus dormir, perdu en transit, dans la nuit étrangère et le snobisme sombre d’un bar d’hôtel japonais ; et pour cette fois, l’ami Guillaume s’est joint à nos alcools en les éclairant d’une énigme : lorsqu’il nous eut entretenu de ce qu’adviendrait « quand bleuira sur l’horizon la Désirade », il me tendit une de ces papillotes d’enfant dont le chocolat s’entoure d’un pétard et d’une devinette. Le pétard fit long feu comme je lisais, lovée dans un bout brillant de papier d’argent, cette ressassée divagation – la pénultième est morte – s’appliquant ici, je le savais intuitivement et comme de source sûre, aux syllabes plus qu’aux lettres.
Mais que meure le ‘a’ de la Désirade et reste un désir de – quoi ? quoi d’autre que la couleur du vide ?