silencio

le silence de l’oracle
dans la cité des sables…
– non, non, il faut que j’explique
encore une de leurs erreurs
croire le dédale inhabité, si ce n’est du taureau, de l’architecte et d’icare
mais non, non, pour être cruel, il y fallait une ville,
une pute de négoce à la mode de babylone,
un cadavre grouillant de marchands en cohortes
qui tirent profit d’une croisade folle
– un mensonge lucratif, un marché aux esclaves qui rapporte gros

trop occupés pour se savoir prisonniers, s’imaginer bourreaux,
à rire de leurs vins dans leurs tenues chatoyantes et leurs chars rutilants
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ver sacrum

ver sacrum
si souvent je sais, ariane perdue,
que mes mots t’échappent
mais où en es tu, que veux tu
ariadne, sphynx et labyrinthe :
si souvent je me perds
en suivant ton fil
(soie arachne, arrache-soi,
la solidité vient de la chute
icare en sait quelque chose)

ce matin-là, défilait la ville
en route vers les airs
en route vers l’hiver
je regardais la grâce de ton cou,
ton visage appliqué

(que j’aime ta beauté classique
– fille du feu, chimère,
parmi les arbres en rinceaux et sur les rivières,
je t’ai vue orner les couvertures des éditions de nerval
avec lui j’ai nagé dans ta grotte
avant que tu ne reçoives le baiser de l’ornemaniste
il ne m’en fallait pas plus
pour m’enamourer d’ariane
m’aurianer de toi
j’ai reconnu ta peau de lait, galatée,
tes yeux, salambô et ton corps de danseuse exotique,
si je savais peindre, que j’aimerais te peindre)

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ka grammatical

bmd

de charybde à scylla, du chagrin à l’effort
parfois on enregistre aussi au gré des grammaires
cette peine de la penne à écrire sa peine ne serait-ce qu’à peine

vulgarité des stratagèmes, j’accuse l’accusatif
les écritures sur commande
ces composts où ne compose que l’ivraie
la plume mercenaire de l’écrivain public
les écritures comptables, les conclusions d’avocat
hideur administrative et putasserie bancaire
on n’en peut plus

et de la génétique pas davantage
le paravent des conventions
du gène à la gêne, les syntagmes sont
morts comme tout ce qui fige
on les surgèle a défaut de les faisander, la belle affaire
c’est que le nez bourgeois n’aime pas les odeurs
et « condoléances », tu parles,
le rire du singe cache sa pudeur pour le vide

ablation, destination : quelque chose manque à l’appel
on dit « essai » faute de la réussite
qui n’est qu’un plaisir solitaire
plumes, cartes ou main, la geste demeure
on, et montaigne avec, s’exhibe avec ce cri de faiblesse :
cette idée que l’errance mène bien quelque part
en voulant croire que le monde sera moins fragmentaire vu de là-bas
mais là-bas, que voulez-vous, reste ici-bas, bien bas
comme ils vous saluent, marie, pleine de grâce
à l’heure de notre mort,
à l’heur de notre ennui – amen

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Lapis [philosophorum] lazuli

je me souviens de la rencontre
et des questions
il y avait ce trait à peine perceptible
qui divisait le bleu
« ils appellent cela l’horizon
mais en ce cas
ne devrait-il pas être horizontal ?
et quoi distille dans un pelican ? »

icare, j’ose iris
on se démembre en touchant l’amer
je suis le sel dans la salière
qui se renverse
l’eau qui se vaporise
un nuage de gouttes distantes
entre lesquelles parfois passe
une pensée comme un frisson :

nouer mes mots en un attrape rêve
assez serré pour que tu t’y laisses prendre

si je pouvais me glisser en toi
être la salive dans ta bouche Continuer la lecture de Lapis [philosophorum] lazuli

insolation

…ils affirment que je serais tombé
comme une goutte de plomb fondu
la goutte d’un cachet de la cire dérobée aux abeilles
pour avoir voulu, imbécile, toucher au soleil

mais mon soleil est ailleurs et glacé
et si j’ai passé par la terre, par les airs, par le feu et par l’eau
ma seule chute fut celle de tes reins
et je suis celui qui pour avoir pénétré ton regard
s’est abîmé dans l’azure icarienne
s’est abîmé dans le bleu

étrange comme
de ce côté ci de l’impossible
le temps ne compte pas
les occasions manquées,
la chute (celle d’Alice – une stase, un vol)
les impasses dans le dédale
au fond de chacune, sourit ce masque façonné dans le mur,
le visage de l’horizon
les impasses, cela importe si peu
on hausse les épaules
et prend un autre chemin
vers le même orient

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urgences labyrinthiques

parmi leurs erreurs
et parmi leurs mensonges
le labyrinthe croient-ils,
serait œuvre de dédale,
immobile et fini ;

oh,
et c’est pour fuir que nous nous serions changés en oiseaux…

fuir ?
ils veulent tant croire que la fuite est possible
mais le dédale n’est que la rançon de l’être
plus encore, sa façon d’être
alors on ne se perd pas plus qu’on ne se trouve
et il n’y a ni prisonniers ni sortie :
derrière les murs attendent des murs
et d’autres murs encore au-delà
et dans les murs eux-mêmes, sont des labyrinthes,
à l’intérieur desquels s’emboîtent des labyrinthes

moi icare qui ai traversé le ciel et plongé dans les eaux,
je sais que l’air est un dédale de courants mouvants
et qu’un dédale interne fait le bleu de chaque goutte
j’ai vu leurs labyrinthes, leurs glyphes
mise en abîme infinie et absurde aux mortels
et dans le soleil, un labyrinthe tournoyant
comme un puits de feu sans fond

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