Lapis [philosophorum] lazuli

je me souviens de la rencontre
et des questions
il y avait ce trait à peine perceptible
qui divisait le bleu
« ils appellent cela l’horizon
mais en ce cas
ne devrait-il pas être horizontal ?
et quoi distille dans un pelican ? »

icare, j’ose iris
on se démembre en touchant l’amer
je suis le sel dans la salière
qui se renverse
l’eau qui se vaporise
un nuage de gouttes distantes
entre lesquelles parfois passe
une pensée comme un frisson :

nouer mes mots en un attrape rêve
assez serré pour que tu t’y laisses prendre

si je pouvais me glisser en toi
être la salive dans ta bouche Continuer la lecture de Lapis [philosophorum] lazuli

insolation

…ils affirment que je serais tombé
comme une goutte de plomb fondu
la goutte d’un cachet de la cire dérobée aux abeilles
pour avoir voulu, imbécile, toucher au soleil

mais mon soleil est ailleurs et glacé
et si j’ai passé par la terre, par les airs, par le feu et par l’eau
ma seule chute fut celle de tes reins
et je suis celui qui pour avoir pénétré ton regard
s’est abîmé dans l’azure icarienne
s’est abîmé dans le bleu

étrange comme
de ce côté ci de l’impossible
le temps ne compte pas
les occasions manquées,
la chute (celle d’Alice – une stase, un vol)
les impasses dans le dédale
au fond de chacune, sourit ce masque façonné dans le mur,
le visage de l’horizon
les impasses, cela importe si peu
on hausse les épaules
et prend un autre chemin
vers le même orient

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urgences labyrinthiques

parmi leurs erreurs
et parmi leurs mensonges
le labyrinthe croient-ils,
serait œuvre de dédale,
immobile et fini ;

oh,
et c’est pour fuir que nous nous serions changés en oiseaux…

fuir ?
ils veulent tant croire que la fuite est possible
mais le dédale n’est que la rançon de l’être
plus encore, sa façon d’être
alors on ne se perd pas plus qu’on ne se trouve
et il n’y a ni prisonniers ni sortie :
derrière les murs attendent des murs
et d’autres murs encore au-delà
et dans les murs eux-mêmes, sont des labyrinthes,
à l’intérieur desquels s’emboîtent des labyrinthes

moi icare qui ai traversé le ciel et plongé dans les eaux,
je sais que l’air est un dédale de courants mouvants
et qu’un dédale interne fait le bleu de chaque goutte
j’ai vu leurs labyrinthes, leurs glyphes
mise en abîme infinie et absurde aux mortels
et dans le soleil, un labyrinthe tournoyant
comme un puits de feu sans fond

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les fruits d’icare

et puis au milieu du dédale,
dans le mouvant dédale des reflets,
des jeux d’ombres et de lumières
il y a ce jardin luxuriant
de fruitiers gorgés de sève et de couleurs
qu’icare a rapportés
des autres mondes
– les planètes éparses parmi les galaxies
dans les yeux de la fée

ils ont poussé là, sauvages,
sur une litière de carbone
de poussière de lune et de cœur brisé
(le cœur brisé d’icare
il s’en est forgé un autre après la chute)
et la peau de leur fruit,
oh, y plonger le regard
c’est tomber dans un télescope
parmi des nébuleuses d’étoiles inconnues ;

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shéol éolien

champs_eoliens

moïra, le sais-tu croire ?
les plus médiocres parmi leurs aèdes
aujourd’hui encore
glosent de mes démesures

me prétendent mort au soleil touchant
après avoir aux oiseaux emprunté leurs plumes
quand eux ont sur le ciel violet, sur le ciel volé,
bâti des moulins géants à faire fuir le quixote
qui veulent moudre l’horizon
pour d’une prédation muette
capturer le feu de l’air…

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