goût kintsugi



chute libre d’un cherche midi
je m’adonne, m’abandonne, ma donna,
au murmure de solénoïdes,
solaires, leur danse et leur bourdon
dans les fissures

il n’y a plus de solide
que l’illusion du solide
et de massif
que l’illusion du massif
qui se délite, s’effrite,
file entre les doigts
fripés, fripons, d’encore collégien
tachés d’encre violette
– tu vois, le bleu se

décale vers le rouge

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batellerie

où commencent, s’arrêtent
les rivières souterraines,
l’écume luisante dans le sillage des nuits d’étoiles

– grande batelière sur grange batelière
ce qui glisse silencieux sur les eaux,
est-ce la trirème noire et or des heures dures de labeur
et sa chiourme aux cadences d’éperon,
– mystère de tambourineman -,
ou la gondole d’une reine de la cité des doges
que l’on devine sous son manteau de moire rouge
nue – non, vêtue de ses seuls bijoux ?

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caché

un que tu ne verras
que nul ne verra, je crois
(mais tous vivront –
par définition peut-être,
et c’est bien dommage)

faute de l’avoir cherché
vingt, trente ans après
un dernier tract caché
dans les catacombes

à qui aura cherché
si l’humidité n’a pas dévoré
lettres et papier,
si tant est qu’il entende ;
et encore,
il faudrait qu’il parle
les réverbérations inversées,
l’argot des orpailleurs,
– à la mémoire de philibert perdu
dans cette carrière
et cætera

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shkôdra

la gelée blanche ce matin
ne fond pas au soleil bas
et las, semblent perdus ces camélias,
émaux et camées, corps et biens

mais il y a
une chanson douce
tes doigts qui caressent la carte
passent les frontières
invisibles des profondeurs
où plongent les mots parfois

caressent la carte
caressent ta peau, la mienne
bat comme un tambour du désert
il n’y a pas de frontières

santosha


tant de fumée
c’est fou comme il brûle et tousse
mon bûcher catarrhe
fortitude, omni vanitas, rien n’est parfait,
l’aube et le soir si souvent se confondent

intraveiner, un cadeau,
sereine seringue d’azur,
ce qui fleurit en fin de saison, en mi-saison,
croît, arborescence de corail
au ciel antérieur

au ciel intérieur,
intraveinures, une paésine de nuages,
la confusion des sentiments
la fatigue et le repos
le travail et la vacance libre
joie et mélancolie
tu vois, tout se mêle, tout se mielle

tu vois, je ne sais plus écrire,
j’ai d’ailleurs arrêté ;
un peu plus tard,
un peu plus au sud sur le portulan,
mes mots ne sont plus des mots,
un fredon, tout juste

il y a cette lumière dorée sur ton visage,
je sens cette lumière dorée sur mon visage
comme je regarde
voler les abeilles tardives,
passer les rêves,
joli vent

et parfois, les saisis, les goûte,
demain j’irais vaquer au vieux cerf-volant,
en buvant des sangrias avec ma douce,
écouter du garage, le chant du lucane bleu,
et puis écouter l’océan, comme il respire
au soleil d’automne

gratitude



alors, au revoir

/des aurevoirs aux adieux,
où commence l’éternité ?

/une soirée aux caves,
l’eau dans les vasques,
des danses rupestres

/tu sais, je sais à peine lire
quand j’ai mal
mon calendrier de lucioles

/l’éternité commence
(il est) tôt pour les papillons
quand sonne l’heure,
la fin d’une éclipse,
on ne retient personne
– sans comprendre, cela s’apprend –

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le dict du vieil harry

… … …
ma danse de vieillard
ma danse sur les falaises
au bruit du ressac
old harry rocks
rocks like the sea

et puis s’asseoir
les jambes dans le vide
tu pourrais être la mer
ou cette vague qui s’avance,
laisse entrevoir dans son eau
le ciel antérieur,
des paysages fantastiques,
la fête foraine
d’une jouvence renouvelée
et se retire
avant que je n’aie pu plonger

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kaiser melange

comme venue de l’autre côté du miroir
de l’autre côté du vent
une voix qui pourrait être la tienne
répète qu’il ne faut pas tout mélanger
mais mon âme demeure un cocktail
aux couleurs flammées de moire et d’iris,
la robe d’un combattant du siam,
solitaire et nocturne

si je vois la nonchalance de ces éléphants funambules ?
leurs jambes de jazzmen et leurs trompes saxo,
qui traversent la nuit sur leurs cordes emperlées de rosée
rosée,
si hauts sur la cité, au-dessus des serres et des verrières ?

l’œil qu’un être ailé a enchâssé dans les tendons au dos de ma main les voit

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l’abîme et la bête

qu’as tu,
de ces ciseaux de tes pas
qui découpent l’être,
ou des mots derniers d’une langue perdue
– revenants et sourciers qui font lever l’influx -,
réveillé cette bête
qui sommeillait au bord du gouffre
absente, muette, tant qu’on la croyait morte
basculée dans le néant, après la chute de l’aigle
après qu’ont chu l’étoile et sa larmée de couleur
séchée en poussière et évanouie dans le vent

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