hieronymit lied

jérôme des mots morts
on élise les élisions
au pain et à l’eau, c’est déjà bien
ni dieu ni tentation ni samadhi
ni même vœu de silence
seulement : pas de lune qui fait lever les mots
et ce chien qui tend sa chaîne
aboie, grogne dans la nuit noire
mord parfois, unique blessure et encore :
rien ne blesse tant le cuir s’est tanné
au silence, au ressac de l’amer

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dictionnerf

Les couleurs de ce nuancier sont évidemment inexactes ; les couleurs authentiques peuvent être consultées sur le site des marques concernées ;
en espérant que les titulaires de ces dernières ne prennent pas… ombrage… de ce détournement.

Mélusite – n.f. – (Géol. viel.) se disait autrefois des magnétites bleutées que l’on trouve dans les yeux des fées. Par extens. 1.(Médic.) rare affection ophtalmique décalant dans les bleus toutes les couleurs perçues par celui qui en est atteint. Ex. : « vous souffrez, mon ami, d’une mélusite aiguë » (Jules Vernes, Les exilés de la ville mystère, Hetzel, Paris, 1881). 2. (Psychol.) Compulsion érotico-poétique.
(Encycl.) Si les premiers cas de mélusite ont été relevés dans les années 1850 chez certains gardiens de phares et navigateurs polaires, il faut attendre 1923 pour que les travaux scientifiques concluent à la double origine de ce trouble oculaire, qui résulte à la fois du phénomène dit de « fuite de flamme » et d’une surexposition au bleu de l’horizon. Selon le consensus scientifique actuel, la mélusite se caractériserait par une anomalie des bâtonnets qui projette l’ensemble du chant magnétique de la lumière sur la bande comprise entre 480 et 500 nanomètres. Pour cette raison, plusieurs doctrines ésotériques contemporaines soutiennent qu’elle permet de voir l’invisible, mais aucune preuve empirique n’a pour l’heure été apportée à cette allégation.
À ce jour incurable, la maladie est fréquemment associée à une profonde mélancolie et à un délire poétique.

géode

passer les voiles blanches, et les récifs,
les fendre, coupe géologique
rase

plus l’envie et le temps
manque autant que les mots
se taire et taire
les toponymes d’une géographie intérieure

géode
graphie interne : muette
(tag, bruit blanc comme neige)

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blues station

les squelettes du reflet
ses os de lumière, ses os de métal
comme d’un monstre marin

kaléï d’eaux scopes : miroir
déformant ?
comme oscilloscope,

dans l’interstice entre les heures jumelles
tandis que les planètes, les trains suspendent
leur mouvement pendulaire
l’ondulation croisée des lunes

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schwarzwald

Le danger n’est jamais là où on l’attend. J’ai encore, dans mes cahiers, les notes que je pris après avoir réalisé pour l’aéropostale la première traversée de forêt noire jamais tentée.

Je me souviens que ce que nous redoutions tous, c’était la crème. Les couches de cette crème légèrement mousseuse, qui colle à toute fourchette, nous semblaient bien capables de bloquer l’hélice et de faire caler le moteur.

Il y avait de quoi être inquiet. Cela devait faire quelques instants que j’avais décollé depuis la piste en chocolat, et ma souris qui me suivait dans sa lunette avait dû me perdre de vue depuis deux minutes à peine quand, bien calé dans mon fauteuil, les mains crispées sur le manche, je m’enfonçais avec appréhension dans un nuage de crème épaisse. Ce fut le premier d’une longue série de chocs. Diable ! Quelle violence ! Et à chaque fois, les sacs de courriers et colis tressautaient dans la soute, ajoutant à mes embardées… mais, contre toute attente, le moteur tint bon.

Le pépin, si j’ose, ce fut cette cerise, pourtant si imbibée de kirsch que personne, jamais, n’aurait pensé qu’elle offrirait une pareille résistance.  Il faut dire qu’un noyau y avait été oublié – et il arriva ce qui devait arriver : l’hélice grignota la griotte sans coup férir, et éclata le noyau dont l’amande vint percuter l’un des volets d’aérofrein. C’était une catastrophe car à l’époque, je le rappelle, les pistes étaient très courtes dans ce gâteau. Il n’y eut rien à faire : j’eus beau actionner la manette dans tous les sens, impossible de sortir les aérofreins, et je dus atterrir comme on s’écrase, en laissant dans la piste de cacao pulvérulente une énorme saignée.

… Je n’eus la vie sauve qu’en raison d’un brouillard de crème particulièrement bas qui me retint d’aller m’éclater dans les hangars de l’aérodrome. La crème finalement s’était avérée un allié précieux, et tous les pilotes ensuite l’utilisèrent comme telle lorsque la correspondance meringue-chocolat devint régulière.

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