eucalyptus, bonheur caché

alors qu’elle avait quatre ou cinq ans, son père prit gravement lucette à part et lui dit : écoute, voilà, ta maman est morte, nous sommes maintenant deux
âgée de sept ans, chaque jour à sept heures, lucette traversait la forêt d’eucalyptus pour aller écouter la messe à notre-dame de santa-cruz, là-haut, au-dessus de mers-el-kébir
plus tard, plus tard, lucette rencontra pierre ; et marchant en montagne, l’un devint non solum, l’autre sed etiam ; ils eurent des enfants qui jouaient dans les vagues à zéralda et dans la neige à chréa,
le bonheur se cachait derrière les rochers, les forêts d’eucalytus,

le temps passa, il y eut les années de guerres ; lucette n’enterra pas son frère faute d’un corps à enterrer, et puis il fallut tout laisser, traverser la mer et presque tout reprendre ;
il y eut ces années de calme et de paix ; dans un chalet où se cachait le bonheur, des barbecues à la montagne et des petits enfants qui s’égayaient parmi les sapins et les torrents ; dans la petite rue où se cachait le bonheur, des déjeuners réglés de salades de tomates joliment disposées dans un saladier de faïence bleue ; dans la grosse ford où se cachait le bonheur, des voyages au soleil des villes d’europe,
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berlins kummer, berlins freiheit

warshauerstrasse

c’était un 28 décembre
ce soir-là à warshauer strasse
le cœur gros d’une discussion douloureuse
nous collectionnions sous la pluie les couleurs de la nuit

c’était un 3 janvier
ce soir-là à ostkreuz
une amitié s’est éteinte
(jamais personne ne m’avait tant déçu
– est-ce là ce qu’elle fait de sa liberté ?)

je cherchais sous la pluie une lumière dans la nuit
sans prendre de la merde pour de l’or,
car il paraît que cela arrive

j’abandonnais mon dégoût sur le toit des wagons
qu’il s’en aille au loin et coule sur le ballast
à berlin la nuit et le sol depuis longtemps
ont appris à absorber l’amertume et les larmes
comme des buvards bleus d’encre
c’est que parfois aussi
la tristesse est le prix de la liberté

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insomnie

dans mon insomnie
je lis la tienne
et j’étouffe et je meure
à ne les plus savoir dire
de tristesse et de remords

un massacre de cathode
dans un électrolyte de larmes
comme des poissons morts
suintent des blessures souillées
des lésions en légions

si je pouvais trouver des mots
rétablir les liaisons
retrouver mon anode
mon unique, ma précieuse
anodine