schwarzwald

Le danger n’est jamais là où on l’attend. J’ai encore, dans mes cahiers, les notes que je pris après avoir réalisé pour l’aéropostale la première traversée de forêt noire jamais tentée.

Je me souviens que ce que nous redoutions tous, c’était la crème. Les couches de cette crème légèrement mousseuse, qui colle à toute fourchette, nous semblaient bien capables de bloquer l’hélice et de faire caler le moteur.

Il y avait de quoi être inquiet. Cela devait faire quelques instants que j’avais décollé depuis la piste en chocolat, et ma souris qui me suivait dans sa lunette avait dû me perdre de vue depuis deux minutes à peine quand, bien calé dans mon fauteuil, les mains crispées sur le manche, je m’enfonçais avec appréhension dans un nuage de crème épaisse. Ce fut le premier d’une longue série de chocs. Diable ! Quelle violence ! Et à chaque fois, les sacs de courriers et colis tressautaient dans la soute, ajoutant à mes embardées… mais, contre toute attente, le moteur tint bon.

Le pépin, si j’ose, ce fut cette cerise, pourtant si imbibée de kirsch que personne, jamais, n’aurait pensé qu’elle offrirait une pareille résistance.  Il faut dire qu’un noyau y avait été oublié – et il arriva ce qui devait arriver : l’hélice grignota la griotte sans coup férir, et éclata le noyau dont l’amande vint percuter l’un des volets d’aérofrein. C’était une catastrophe car à l’époque, je le rappelle, les pistes étaient très courtes dans ce gâteau. Il n’y eut rien à faire : j’eus beau actionner la manette dans tous les sens, impossible de sortir les aérofreins, et je dus atterrir comme on s’écrase, en laissant dans la piste de cacao pulvérulente une énorme saignée.

… Je n’eus la vie sauve qu’en raison d’un brouillard de crème particulièrement bas qui me retint d’aller m’éclater dans les hangars de l’aérodrome. La crème finalement s’était avérée un allié précieux, et tous les pilotes ensuite l’utilisèrent comme telle lorsque la correspondance meringue-chocolat devint régulière.

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tache huile

paréidolie d’une palette
visage brusque et busqué
salvatore sfumato
pas de bouche,
masque à l’estompe
de ténèbre et térébenthine

départ

mouture de roches et de conches
le sable file entre les doigts
qui ne le savent retenir
et pourtant que j’aimerais les garder
ces grains de mica, chauds et scintillants
mais le vent en a déjà tant emportés
que je peux maintenant compter ceux qui restent
petits soleils au creux de ma paume
et comme je les perdais, j’ai percé des mystères

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scarborough fairy

to one who leaves where

sous la neige,
bien sûr, la fleur mystique
et le thym, la sauge et le romarin…
ce tas de bruyère aussi,
où gît la somme des impossibles
plus qu’un tapis, qu’une chemise de baptiste
une couche de neige épaisse et qui craque sous le pas

sous la neige ou dans la brume
quelque chose qui luit
un souvenir mélancolique

remember me
– là, commence l’impossible