3 juin

Onze ans révolus de déclins et d’abus :
je caresse une dernière fois
l’or terne des tireuses
le bois des tables et du comptoir
à la courbe harmonieuse.

Amis, nos rires me manqueront.
Nous embrassons comme autrefois
la chaleur de ce qui s‘obscurcit,
l’odeur de la bière et les sons froids.

mademoisellE

porte d’auteuil un matin de mai,

je rêvais entre les dirigeables
des passerelles d’acier suspendues
qu’embaumerait un marché aux fleurs

mais mademoisellE n’aimait pas ce poème :
quoi dans la ville exalte le rire blond ?

23h47 café de la gare

23h47
Là bas, dans le café désolé
la lèvre un peu tremblante
l’inspire au bord des pleurs
elle fume sur la banquette
une cinquième cigarette,

lisse des doigts ses cheveux blonds cendrés,
et fixe le vide froid, les papiers gras,
les quais qui se perdent dans le noir

et dans le journal abandonné
ces brèves de nuit.
23h48

aura

s’estompe l’effet kirlian
un monde de halos
les photos des cadavres
délavent

les mutilations finalement demeurent
ou bien est-ce l’aura même
et jusqu’au dernier scint
qui s’efface dans les gris savoirs ?

pleuvaient des ondées
de nautiles miraboles
de mutines mutiles
quirlianes virevoltantes

au-dessus bien au-dessus
d’où s’égare la piétaille
de grisaille en gisaille

et puis il y a
ces poèmes gémissants

mais l’on pourrait sans scrupules
heurter, cogner, briser
et cogner encore
le monde jusqu’à sa destruction

et en bouillie d’os et de sang
les visages au marteau
et dépecer en riant
l’univers haï,

s’estompe l’effet kirlian
un monde de halos
heureusement ?
s’efface