lost in translation

Un décalage en appelle un autre – et celui du cycle circadien pas moins qu’une distorsion optique, une anomalie chromatique, un propos uchronique, et puisque mes nuits iliennes sont d’insomnies et que les archipels communiquent, je me plais à la compagnie de Murray qui ne peut non plus dormir, perdu en transit, dans la nuit étrangère et le snobisme sombre d’un bar d’hôtel japonais ; et pour cette fois, l’ami Guillaume s’est joint à nos alcools en les éclairant d’une énigme : lorsqu’il nous eut entretenu de ce qu’adviendrait « quand bleuira sur l’horizon la Désirade », il me tendit une de ces papillotes d’enfant dont le chocolat s’entoure d’un pétard et d’une devinette. Le pétard fit long feu comme je lisais, lovée dans un bout brillant de papier d’argent, cette ressassée divagation – la pénultième est morte – s’appliquant ici, je le savais intuitivement et comme de source sûre, aux syllabes plus qu’aux lettres.
Mais que meure le ‘a’ de la Désirade et reste un désir de – quoi ? quoi d’autre que la couleur du vide ?

adam et eve

des gouttes de guitare
lumineuses tombent de tes doigts
et l’on plane toujours si haut

appose sur moi tes mains
thaumaturges et blanches

et tout s’en va
au soleil luisant
comme une électrode de rutile

les ports en dessous
les ombres des tankers
des marshmallows pastels
qui jonchent le bleu

l’on plane toujours si haut
avant la chute

after pastel

Oh, ce serait l’ultra-marine fantaisie d’un trajet quotidien,
la métamorphose occulte d’un linge,
comme d’un spectre dans un lavoir d’encre
– et comme on lierait des logogriphes d’azur aux âmes des bétons –
si le bleu est d’outre-mer – au risque de le trépasser –
d’aller chercher outre le bleu ;
et jusqu’au sang du songe même, l’ultime égalité
de ce qui se dissout d’une pâleur sans appel.