adam et eve

des gouttes de guitare
lumineuses tombent de tes doigts
et l’on plane toujours si haut

appose sur moi tes mains
thaumaturges et blanches

et tout s’en va
au soleil luisant
comme une électrode de rutile

les ports en dessous
les ombres des tankers
des marshmallows pastels
qui jonchent le bleu

l’on plane toujours si haut
avant la chute

pleurez dans l’hygiaphone

comme aux premiers temps des hommes

dehors le vent froid, l’hiver bleu
ton souffle satine la transparence

du bout des doigts dépassant d’un pull
tu traces dans la nuée ce glyphe indistinct
un cœur que résolvent des gouttes d’argent

tes mains contre la vitre
laissent éphémères
deux traces dans la buée

et ton visage s’estompe
derrière la paroi de verre
un sanglot dans l’hygiaphone

vinyle-toi

…dans un miroir fendu
j’aperçois ton visage blanc
happé par la nuit
je me perd dans l’abîme
d’un reflet bleuté
sur le vinyle d’un vieux disque

comme deux esquisses de fusain
l’une contre l’autre tremblées
aux heures blafardes d’avant le jour
qui sommes-nous ?

– et comme pour éprouver le réel,

sur le plastique noir
(luisent tes yeux)
tu casses la mine carbone
(luisent tes ongles)
d’un crayon de bois rouge
(luisent tes lèvres) –

peut-être seulement deux ombres
sur le point de s’effacer