23h47 café de la gare

23h47
Là bas, dans le café désolé
la lèvre un peu tremblante
l’inspire au bord des pleurs
elle fume sur la banquette
une cinquième cigarette,

lisse des doigts ses cheveux blonds cendrés,
et fixe le vide froid, les papiers gras,
les quais qui se perdent dans le noir

et dans le journal abandonné
ces brèves de nuit.
23h48

aura

s’estompe l’effet kirlian
un monde de halos
les photos des cadavres
délavent

les mutilations finalement demeurent
ou bien est-ce l’aura même
et jusqu’au dernier scint
qui s’efface dans les gris savoirs ?

pleuvaient des ondées
de nautiles miraboles
de mutines mutiles
quirlianes virevoltantes

au-dessus bien au-dessus
d’où s’égare la piétaille
de grisaille en gisaille

et puis il y a
ces poèmes gémissants

mais l’on pourrait sans scrupules
heurter, cogner, briser
et cogner encore
le monde jusqu’à sa destruction

et en bouillie d’os et de sang
les visages au marteau
et dépecer en riant
l’univers haï,

s’estompe l’effet kirlian
un monde de halos
heureusement ?
s’efface

la question

sur les autoroutes
on dit que le trafic est fluide

élevage en batterie :
ici, on se resserre la nuit
contre l’incinérateur

et l’aube n’est qu’un serpent
dont il faut se méfier

– moi, je rêve
énormes et bleues
les étoiles rares
d’un univers jeune –

mais la rumeur enfle
comme une douleur lancinante

et puis,
qu’ont-ils fait du corps de Laïka ?

sur les autoroutes
on dit que le trafic est fluide